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Entretien réalisé par Hakim Metref

 


Fayçal Belattar est un jeune conteur qui exerce de puis 8 ans. Dans ses spectacles il se produit seul ou accompagné par un musicien. Fayçal anime des spectacles en arabe et en français, en Algérie et à l’étranger. Issu d’une tradition orale, il inscrit son travail dans l’éclectique et le multimodal où son travail se nourrit de la transversalité des pratiques artistiques mettant en œuvre, oralité, musique chant, performance, peinture illustration et interaction. Nous l’avons rencontré lors de la réunion des conteurs à la Bibliothèque nationale d’El Hamma où ils ont émis un manifeste et des revendications concernant leur métier et leur statut en tant que conteurs. Fayçal a bien voulu répondre à nos questions sur ces revendications et son point de vu sur la situation actuelle du conteur.

Qu’est-ce qui vous motive pour faire ce métier ?
Pour être témoin de mon époque. Nous faisons un travail de mémoire pour rappeler ce qui est digne d’être rappelé pour l’humanité.

Dans la société actuelle, quelle est la place du conteur ?
C’est une triste réalité car il n’est pas vraiment connu et reconnu. Le public qui est subjugué à chacune de nos représentations se dit : «Comment se fait-il que nous ne connaissons pas cet art ?» Mais nous essayons de le faire connaître.
D’autre part il n’est pas reconnu par les responsables, mais je pense que c’est voulu. Il y a deux générations de conteurs. Une qui travaille sur le conte traditionnel et une autre, la nouvelle génération dont je fais partie, qui travaille sur le renouveau du conte. Nous essayons de l’actualiser et de lui donner une nouvelle identité. Nous faisons en sorte de créer des discours qui le rendent éternellement présent et ancré dans la société algérienne. Nous travaillons sur la mémoire collective, sur le patrimoine immatériel, sur la littérature orale et la transmission de bouche à oreille.

Que signifie pour vous la rencontre d’aujourd’hui ?
Je salue cette initiative qui nous a permis de nous rencontrer et de nous organiser; et une fois organisés nous pourrons être une force de propositions.

Vous dites que le métier n’est pas reconnu, mais certains de vos ainés affirment détenir une carte d’artiste avec la mention Conteur...
Personnellement je n’ai pas cette carte, mais je sais qu’il n’y a pas de statut pour le conteur. Je ne veux pas être classé dans les arts de la scène ou dans le spectacle vivant. Certes je fais dans les deux, mais je veux avoir un statut de conteur. A ce jour il n’y a pas de manifestations spéciales pour le conte et c’est en reconnaissant le statut de conteur que nous pouvons organiser des manifestations. Nous demandons à avoir un statut qui puisse nous permettre de vivre de notre métier. Nous réclamons des statuts juridiques qui nous permettent d’exercer librement et de continuer à promouvoir ce métier.

Pensez-vous que la rencontre et le débat d’aujourd’hui peuvent aboutir à un résultat positif ?
C’est déjà une rencontre fructueuse. Nous avons pu nous concerter sur quelque chose et nous avons senti qu’il y a une solidarité et une entente sur les revendications. Il est nécessaire de s’organiser en collectif et dire stop à la gratuité de la culture. Je suis pour une action culturelle et artistique qui n’est ni instrumentalisée, ni récupérée, ni assistée.
 H. M.