Il y 35 ans, disparaissait M’hamed Issiakhem : Le peintre dont la douleur était la muse
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Samedi 23 Janvier 2021
Journal Electronique

Le peu qu’on puisse dire est que M’Hamed Issiakhem reste le peintre algérien dont le parcours a été une succession de drames. A 4 ans il est séparé de sa mère et de son village natal  et emmené à Relizane par son père.

 

Il vécu avec le père et le grand-père. Il n’a connu sa mère qu’à l’âge de 10 ans. Sortant de l’école il trouve une femme à la maison, c’était sa mère qu’il venait de découvrir. Amputé dès son enfance de l’affection maternelle, il sera durant toute sa vie affecté par ce manque et ce déchirement précoce. Ses premiers dessins étaient les avions militaires qu’il dessinait au charbon sur les murs. À la maison il dessine les chefs politiques, Messali Hadj, Ferhat Abbas, Allal el Fassi, Bourguiba, Mohamed V. Petit à petit les gens le sollicitaient pour des portraits de famille. Qui de son père, qui de son fils, qui de sa mère ou de son idole politique. Il devient le portraitiste de la ville de Relizane. En 1942 il quitte l’école indigène et rejoint l’école européenne qui sera en suite une garnison pour l’armée américaine. Il est pris, avec quelques autres enfants, en sympathie par les militaires américains et avait accès à leur baraquement et à leur équipement. Un fatidique jour de 1945 il dérobe une grenade d’un camion qu’il apportera chez lui. En jouant avec l’arme, il la fait exploser accidentellement ce qui coûtera la vie à sa petite sœur et à un neveu.
Issiakhem perd une main. Il passe deux années à l’hôpital où il est soigné. Il subit 14 opérations chirurgicales et amputé trois fois au niveau du bras. A sa sortie de l’hôpital il est renié par sa mère «Je ne t’ai pas mis au monde infirme». En colère et déchiré encore une fois, il quitte la maison sans savoir où aller. Il s’assoit dans un jardin public et là il entend le train à destination d’Alger. Sans réfléchir et sans le sou il monte dans ce train et quitte Relizane en 1947. Issiakhem fuyait son drame, un drame qu’il le hantera toute sa vie et qui se reflètera dans une grande partie de son œuvre. Mais aussi il refusait de vivre comme ses parents. «J’ai fui les principes tribaux où à 15 ans vous êtes mariés et vous faites des enfants en même temps que votre père», déclare-t-il dans un documentaire réalisé en 1985 par la télévision algérienne. Il refusait de devenir «tenancier d’un bain maure comme mon père et son père avant lui». A Alger, Issiakhem n’avait aucune ressource, et pour vivre il faisait les portraits des gens contres quelques monnaies. Son talent lui permit de rejoindre l’École des Beaux-arts d’Alger où il apprend les principes du dessin. Il quittera Alger dans les années 1950, pour Paris. Une bourse lui permet de suivre des cours de gravure au Collège technique d’Estienne dans le 13e arrondissement. Il s’aperçut que tout ce qu’il avait appris à Alger était «nul et non avenu», dira Issiakhem.
Un autre Issiakhem voit le jour. Un artiste, un peintre, mais aussi un incompris. «Le public est ingrat», dira-t-il. «L’artiste va vers le public, mais le public ne fait pas l’effort de comprendre l’artiste.» Mais il savait que l’artiste doit continuer son œuvre car il était convaincu qu’un pays sans artistes est un pays mort. Issiakhem fera de sa souffrance et celle de son pays son œuvre principale. Ses toiles, souvent obscures, traduisent tous les déchirements qu’il a connus. Kateb Yacine, son ami, dira : «J’ai souvent vu l’artiste travailler sur une toile puis la détruire subitement…comme si toute son œuvre était cette grenade qui n’a jamais fini d’exploser dans ses mains.» M’Hamed Issiakhem était également convaincu de la nécessite de son art et ne le regrette pas, même s’il ne fut apprécié que par un groupe d’initiés, car son art était une forme d’exorcisme de sa douleur et de celle de son peuple. «Nous avons traité de nous-mêmes, et c’est de nous que mes œuvres parlent, de tous ceux qui ont souffert.» Issiakhem n’était pas un artiste du beau, et ne cherchait pas à plaire par ses couleurs ou ses sujets : «Je n’aime pas les fleurs, je ne suis pas fait pour peindre les fleurs, je suis fait pour les rappeler à l’ordre, pour leur rappeler qu’ils ont passé des moments pénibles et difficiles qu’ils ont tendance à oublier.» A la fin de sa vie peut être s’est-il rendu compte qu’il s’est trompé quelque part, mais dit-il : «Je suis resté fidèle à mes personnages, car mes personnages n’ont pas déliré, mais ils ont subit.» «Mes personnages ont tous été torturés, ils n’ont pas souffert uniquement de la guerre, mais d’une histoire millénaire.» L’œuvre d’Issiakhem traite de «Nous qui vivons au passé, nous la plus forte des multitudes. Notre nombre s’accroit sans cesse et nous attendons du renfort», écrit-il sur une de ses œuvres. Peut-être qu’Issiakhem ne voulait rien oublier, lui, qui savait que sa douleur, et celle de son peuple, est cette muse qui lui insufflait l’inspiration qui a fini par l’inscrire au panthéon des artistes algériens et universels, et qui lui était reconnaissant. M’Hamed Issiakhem s’est éteint un 1e décembre 1985 à l’âge de 57 ans.
Hakim Metref

 

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      Pas moins de 61 projets d’investissement touristiques privés sont en cours de réalisation dans la wilaya de Tizi Ouzou a indiqué le directeur local du tourisme, Rachid Gheddouchi. Ce dernier nous a indiqué que 440 projets d’investissement dans le domaine du tourisme ont été déposés au niveau de ses services. Ainsi ces différentes structures «mettront à la disposition du secteur quelque 7 200 lits et généreront quelque 3 564 emplois» a-t-il indiqué. Sur les 61 projets on compte des hôtels, des auberges, des centres et villages de vacances, des terrains de camping ainsi que des résidences touristiques.

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