Imprimer

1960 fut l’année de tous les espoirs, un moment phare de la guerre de Libération nationale. Les manifestations du 11 décembre 1960 étaient une réponse aux marches des partisans de l’«Algérie française», organisées quelques jours auparavant, et la visite du général De Gaulle à Aïn Témouchent. Parmi les participants à ce soulèvement populaire, la moudjahida et ancienne ministre Z’hour Ounissi, qui a fait un témoignage poignant sur le déroulement des manifestations lors d’une rencontre, en 2019, à l’occasion de la célébration de cette date anniversaire, au Centre national des études et des recherches sur le mouvement national et la Révolution du 1er novembre 1954. «Le FLN était en mauvaise posture à l'époque en raison de la stagnation de l'action révolutionnaire, notamment après la fin de la bataille d'Alger. Les manifestations du 11 décembre avaient donné un nouveau souffle à la Révolution et accéléré l'internationalisation de la cause algérienne au niveau de l'Organisation des Nations unies», a indiqué l’ancienne ministre. Militante du FLN, Mme Ounissi a été chargée d’encadrer les femmes et de la confection de l’emblème national, la veille des manifestations auxquelles avaient appelé les dirigeants du Front. «Des encadreurs du FLN m’ont donné des rouleaux de tissu pour les remettre aux femmes qui devaient fabriquer le plus grand nombre de drapeaux pour les brandir lors des manifestations», a rappelé l’intervenante. A Alger, les manifestations du 11 décembre 1960 étaient parties de Belcourt, actuel Mohamed Belouizdad, avant d'atteindre plusieurs autres quartiers populaires et même ceux habités exclusivement par les Européens. «En réalité, c'est la veille, le 10 décembre, que les événements ont débuté. Je me trouvais à proximité de l’ex-Monoprix lorsque nous avions aperçu les partisans de l’Algérie française qui venaient d'initier une marche, sur fond de la visite entamée par le général De Gaulle dans la ville d’AïnTémouchent», se souvient El Hadj Noureddine Benmeradi dans un entretien accordé à l’APS. «Pour éviter un affrontement entre les deux communautés, les pieds noirs ont été conduits par la police au commissariat, dirigé alors par un certain capitaine Bernard. Cela ne nous a pas empêchés de poursuivre notre marche et de lancer des slogans jusqu'au moment où nous avons entendu une voix clamer Algérie musulmane et Algérie algérienne», raconte-t-il. D’autres slogans, «vive L’Algérie», «vive Abbas», l’ancien président du GPRA, ont retenti dans toutes les villes qui ont abrité ces manifestations, notamment à Oran, Aïn Témouchent et Constantine. «Ces slogans, claméspour la première fois, ont eu pour effet de motiver davantage la foule qui tout en avançant grossissait pour atteindre l'un des magasins du quartier, celui de la chaussure André, dont les vitres ont volé en éclats», poursuit-il. «La vue de la fumée qui se dégageait du Monoprix, à Belcourt, a impressionné les manifestants. C'est à ce moment que les militants du FLN sont intervenus pour nous remettre des rouleaux de tissu pour confectionner des emblèmes nationaux en prévision d'une manifestation de plus grande ampleur le lendemain, 11 décembre», ajoute notre témoin. Le lendemain, les manifestants de la veille se sont bien organisés et ont reconduit leur action. Ils ont été rejoints par des centaines d'autres personnes jusqu'à ce qu'elle fasse tache d'huile dans d'autres quartiers de la capitale. Etouffé par une charge émotionnelle, il se souvient de cette scène tragique où la petite Saliha Ouatiki, 12 ans, est tombée sous les balles des forces de répression françaises, car figurant au premier rang des contestataires. En un après-midi, cette «flamme de Belcourt» s’est étendue aux quartiers populaires de la périphérie d’Alger puis dans les jours qui suivent, d’autres villes, dont Constantine, Annaba, Sidi Bel-Abbès, Chlef, Annaba, Blida, Bejaïa, Tipasa et Tlemcen. Pendant près d’une semaine, des soulèvements, spontanés, se sont confrontés à la répression impitoyable des forces coloniales et des ultras.Les manifestations du 11 décembre 1960 ont sonné le glas de la colonisation française en Algérie. Deux ans après, l’indépendance de notre pays a été proclamée.
Karima Dehiles